Cancer
métastatique du rein :
l’immunothérapie
combinée déçoit…presque toujours !
Dr Nicolas Chabert
Le traitement
standard du cancer du rein métastatique repose sur l’interféron alpha-2a. Mais
les résultats restent médiocres avec une médiane de survie de 10 mois et une
survie de 15 % à 5 ans. Pour améliorer le pronostic plusieurs pistes
thérapeutiques sont à l’étude. Les traitements ciblés (temsirolimus, sunitinib,
sorafenib, bevacizumab…) ont permis d’obtenir pour certains des survies sans
progression et des survies globales significativement supérieures à celles procurées
par l’interféron. Une autre voie de recherche repose sur des associations de
traitements à visée immunothérapeutique. C’est ainsi que Atzpodien et coll. ont
pu obtenir des taux de réponses de 39 % avec une association interféron
alpha-2a, interleukine-2- fluorouracil. Mais ces résultats n’ayant pu être
reproduits par tous les centres, il a paru important de les confirmer ou de les
infirmer dans le cadre d’un large essai multicentrique européen.
Une
survie globale équivalente…
Mille six patients
atteints d’un cancer du rein métastatique ont été randomisés en ouvert entre un
traitement par interféron alpha-2 (3 fois par semaine jusqu’à progression de la
maladie ou apparition d’effets toxiques inacceptables) et une association
interféron alpha-2a, interleukine-2- fluorouracil en deux cures délivrées à 9
semaines d’intervalle en l’absence de progression de la maladie ou d’effets
secondaires inacceptables.
Globalement les
résultats ont été équivalents en terme d’efficacité. Ainsi la survie moyenne a
été de 18,8 mois dans le groupe interféron alpha-2a contre 18,6 mois avec la
triple association (NS). De même, la survie à un an a été identique (67 % dans
les deux groupes) tandis que la survie à 3 ans était de 30 % dans le groupe
interféron alpha-2a et de 26 % avec la triple association (NS). La survie sans
progression a également été équivalente dans les deux groupes.
La triple
association a par ailleurs, comme on pouvait s’y attendre, été moins bien
tolérée avec 53 % d’effets secondaires de grade 3 ou 4 contre 36 % avec
l’interféron seul (p<0,0001).
…mais
plus de réponses au traitement avec l’association
Mais malgré ces
résultats décevants dans l’ensemble, les auteurs soulignent un avantage du
traitement combiné échappant aux statistiques globales de survie ou de survie
sans récidive : une réponse au traitement a été plus souvent constatée sous
l’association que sous l’interféron seul (23 % contre 16 % ; p=0,0045) et, de
plus, les réponses complètes observées dans 11 cas dans chaque groupe ont été
plus prolongées avec la triple association (durée médiane non atteinte) qu’avec
l’interféron en monothérapie (médiane 15,6 mois).
Il semble donc que
cette association de traitements à visée immunothérapeutique n’ait pas
d’intérêt par rapport à l’interféron alpha-2a dans la très grande majorité des
cas mais que, cependant, elle puisse permettre d’obtenir chez certains rares
patients des rémissions complètes très prolongées. Il serait donc important de
pouvoir déterminer a priori quels sont les quelques malades qui pourraient
bénéficier de cet effet thérapeutique.
Gore M et
coll. : Interferon alpha-2a versus combination therapy with interferon
alpha-2a, interleukin-2, and fluorouracil in patients with untreated renal cell
carcinoma (MRC RE04/E0RTC GU 30012): an open-label randomised trial. Lancet
2010; publication avancée en ligne le 11 février 2010
(DOI:1016/S0140-6736(09)61921-8).