Aux
chirurgiens rigoureux, des suites opératoires propres
Dr
Jean-Fred Warlin
Les infections du site opératoire (ISO) représentent 38
% des infections nosocomiales des opérés. Elles prolongent les séjours
hospitaliers et en triplent les coûts. Certains facteurs en majorent
l’incidence, telle la durée de l’intervention et son caractère hémorragique
plus que le diabète par exemple. Ce travail s’est attaché à examiner le rôle de
2 facteurs :
-F1 :
le suivi de mesures drastiques d’antisepsie
-F2 :
la compliance du chirurgien et de son équipe à s’astreindre à une discipline
rigoureuse.
Les 2 attitudes ont été évaluées dans 2 blocs
différents d’un même service bernois. Le critère de jugement principal a été la
survenue d’une ISO, superficielle ou profonde.
La préparation proprement dite (tonte des poils,
antibioprophylaxie, désinfection cutanée, drapage) a été la même dans les deux
groupes.
Dans le groupe F2, l’appréciation par des panseuses
entraînées de 10 critères de « rigueur aseptique » a été prise en compte
(par ex. durée de lavage des mains, port correct du masque et de la capuche,
respect de la distance de 50 cm des tables d’instruments par les personnes non
« stériles », présence de visiteurs, bruit au bloc, etc.), chacun noté 0 ou 1.
Dans le groupe F1, les opérateurs portaient 2 paires de
gants, l’extérieure étant changée toutes les 2 h, et après chaque anastomose
digestive, et fermeture aponévrotique. Le drapage était complété par le
recouvrement par un plastique transparent imprégné d’iode des zones non
drapées. Les instruments (porte-aiguilles, ciseaux, pinces) étaient changés
après chaque anastomose et l’abdomen lavé par 5 l de liquide de Ringer précédant la mise en place de nouveaux champs avant fermeture.
Plus de 1000 malades ont été tirés au sort (538 pour le
groupe F1 et 494 pour F2) dont 961 ont été suivis pendant 30 jours au moins. Le
taux de diabétiques, de fumeurs, d’immunodéprimés, etc. était comparable dans
les 2 groupes.
Le taux d’ISO a aussi été très voisin dans les 2 séries
(15 et 14 %). Seuls se sont avérés favoriser l’infection, l’obésité (risque
d’ISO multiplié par 1,6), la durée de l’intervention (> 3h), l’ouverture
intestinale et le non respect des principes d’asepsie basale (changements dans
l’équipe, agitation brownienne, environnement bruyant, etc.)
Point n’est donc besoin de multiplier les contraintes,
mais il faut se soumettre à des règles simples et les suivre afin d’avoir sur
ses sites des … suites suisses.
Beldi G et coll.: Impact of intraoperative behavior on surgical
site infections. Am J Surg., 2009; 198:157-162.