Quelle
place pour le Pazopanib dans le cancer du rein métastatique ?
Dr. Benoit You
Le
Pazopanib est un inhibiteur de VEGFR, PDGFR et cKit, donc assez proche du
sunitinib et du Sorafenib. Il est administré par voie orale. Sternberg et al.
rapportent dans le JCO de cette semaine un essai de phase III comparant le
pazopanib à un placebo chez des patients atteints de cancer du rein métastatique,
en progression après une ligne d’immunothérapie. Un amendement a secondairement
rajouté les patients prétraités car l’avènement des anti-angiogéniques bloquait
le recrutement. Il est utile de préciser que les patients cytokine-naïfs
devaient être issus de pays où les nouveaux traitements anti-antigéniques
n’étaient pas accessibles et où l’immunothérapie n’était pas reconnue comme un
standard thérapeutique. Il s’agissait d’un essai de phase III randomisé en
double aveugle, stratifié selon le centre, l’ECOG PS, la néphrectomie (oui/non)
et le traitement antérieur par cytokine (oui/non). Les patients étaient
randomisés selon un ratio 2:1 entre pazopanib 800 mg/jour ou placebo.
L’objectif principal était un gain de PFS de 80% (HR<0.56) avec 90% de puissance
et un risque alfa à 2.5% unilatéral. La puissance a été réduite à 80% lors de
l’amendement afin de pouvoir comparer les 2 sous-populations (prétraitée vs
cytokine-naïve). Il était prévu de réaliser l’analyse finale en intention de
traiter après la survenue de 90 événements dans chaque sous-groupe et 160 décès
au total.
L’essai
a inclus 435 patients (233 cytokine-naïfs (53%), 202 prétraités (47%)) entre
avril 2006 et avril 2007 en Europe, Asie, Amérique du Sud, Afrique du Nord,
Australie et NZ. Deux cent quatre vingt dix et 145 patients ont été randomisés
entre Pazopanib et placebo. Les 2 groupes étaient bien équilibrés. Le Pazopanib
était associé à une plus longue PFS (9.2 vs 4.2 mois, HR=0.46 [0.34-0.62],
p<0.0001). Le gain était retrouvé dans les 2 sous-populations :
cytokine-naïve : HR=0.40 [0.27-0.60]; prétraitée : HR=0.54 [0.35-0.84]. Le
taux de réponse au pazopanib était de 30%. Les données de survie globale
étaient encore immatures. En termes de toxicité, les effets indésirables les plus
fréquents étaient : diarrhée (52%), HTA (40%), changement de couleur des
cheveux (35%), nausées (26%) et anorexie (22%). Les effets indésirables de
grade 3 et 4 étaient respectivement de 33% et 7% (diarrhée, HTA, fatigue,
douleur abdominales, cytolyse, cholestase, hyponatrémie, hypophosphatémie,
hypomagnésémie), contre tout de même 14% et 6% dans le bras placebo. Les
événements thrombotiques artériels étaient plus fréquents dans le bras
pazopanib (3% vs 0% : infarctus du myocarde (2%), AVC (<1%) et AIT (1%)) de
même que les accidents hémorragiques (13% vs 5%). Il n’y avait pas de
différence de qualité de vie selon les échelles QLQ-C30 et EQ-5D.
Lors
de la présentation de cet essai à l’ASCO, des voix s’étaient élevées pour
protester contre le bras contrôle. En effet, traiter des patients avec un
placebo n’apparaît pas bien éthique même si les auteurs précisent qu’ils
avaient procédé à une randomisation 2:1 et que les patients n’auraient pas pu
être traités autrement dans leur pays de toute façon. Il faut cependant rappeler
que le sunitinib et le sorafenib ont obtenu leur AMM en 2006, année
d’activation de l’essai. De toute façon, cet essai ne positionne pas le
pazopanib, très proche du sunitinib en termes de résultats, par rapport aux
traitements de référence que sont les autres anti-antigéniques. Un essai de
phase III contre sunitinib en cours devrait permettre de faire avancer la
question.
Sternberg CN, Davis ID, Mardiak J, Szczylik C, Lee E, Wagstaff
J, Barrios CH, Salman P, Gladkov OA, Kavina A, Zarbá JJ, Chen M, McCann
L, Pandite L, Roychowdhury DF, Hawkins RE. Pazopanib
in Locally Advanced or Metastatic Renal Cell Carcinoma: Results of a Randomized
Phase III Trial. J Clin
Oncol. 2010 Feb 20;28(6):1061-8.