L'arsenal
thérapeutique contre la goutte va s'enrichir d'un nouveau médicament.
Le
fébuxostat
vient d'obtenir une AMM européenne pour le traitement de l'hyperuricémie
chronique.
Le
traitement de référence de la crise de goutte aiguë repose sur la colchicine. Caractérisée par des dépôts de microcristaux
d'urate de sodium liés à une hyperuricémie chronique, la goutte constitue la
première cause d'arthrite inflammatoire chez l'homme. Le traitement de
référence de la crise aiguë repose sur la colchicine ou les AINS qui n'ont pas
d'effet sur l'uricémie.
Les
formes sévères (crises récidivantes à court terme, arthropathies uratiques
chroniques, goutte tophacée, atteinte rénale) sont des indications à un
traitement de fond hypo-uricémiant au long cours, dont l'objectif est de
maintenir l'uricémie à un taux maximal de 60 mg/l (360 µmol/l), ce qui permet
d'obtenir la dissolution des dépôts uratiques et la guérison de la maladie. L'allopurinol constituait jusqu'à présent le traitement de fond de référence de
l'hyperuricémie chronique, mais un nouveau médicament, le fébuxostat (Adénuric, Ipsen et Menarini) vient
de s'ajouter à l'arsenal thérapeutique. « Ce médicament est attendu, car il va
combler un besoin, celui des malades intolérants à l'allopurinol ou chez
lesquels on ne parvient pas à baisser suffisamment l'uricémie », explique le Pr
Thomas Bardin, chef du service de rhumatologie à l'hôpital Lariboisière. Autre
intérêt du médicament, la prise en charge des patients goutteux insuffisants
rénaux. « En cas d'insuffisance rénale, il n'est pas rare que la dose maximale
d'allopurinol autorisée par la clairance de la créatinine ne permette pas
d'abaisser suffisamment l'uricémie, précise le Pr Bardin. Le fébuxostat n'a pas
cette limitation dans l'insuffisance rénale modérée, ce qui en fait une
indication préférentielle chez ce type de patients. » Le fébuxostat est réservé
pour l'instant au traitement de seconde ligne. Il n'est pas question pour le Pr
Bardin de remplacer l'allopurinol chez les malades qui le reçoivent depuis
longtemps et le tolèrent bien. Comme pour les autres traitements de fond
hypo-uricémiants, l'administration de fébuxostat (80 mg/j, puis si l'objectif
n'est pas atteint, 120 mg/j) doit être accompagnée dans les 6 premiers mois
d'un traitement préventif des crises de goutte par colchicine.
Pr
Thomas Bardin, chef du service de rhumatologie à l'hôpital Lariboisière
« Le succès du traitement de la goutte nécessite une éducation
attentive du patient qui doit respecter un certain nombre de règles
hygiénodiététiques et bien comprendre les objectifs différents des deux types
de traitements médicamenteux : antiinflammatoires pour le traitement des
crises, hypo-uricémiants pour la dissolution des dépôts cristallins. »