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Diabète et Ramadan
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Diabète et Ramadan

 

 
  Pr Fatima Marouan, endocrinologue au CHU Ibn Rochd

 

 

 

 

 

 

"Le jeûne aggrave le diabète”

Question : Diabète et Ramadan semblent indissociables, en tout cas chez la grande majorité de l’opinion publique. Qu’en est-il exactement?

- Fatéma Marouan: Avant de parler du Ramadan, il est important de rappeler que le diabète est une maladie chronique caractérisée par une hyperglycémie. C’est-à-dire une augmentation du taux du sucre dans le sang. Dès que ce taux est supérieur à 1,26g par litre dans le sang à jeun, on parle de diabète. Il faut dire aussi que vu sa progression, l’Organisation mondiale de la santé l’a porté au rang des maladies épidémiques.

• Question : Est-ce suffisant pour l’opinion publique d’appréhender toute la gravité du diabète?

- Fatéma Marouan: Plus de 143 millions de personnes actuellement concernées par le diabète contre 30 millions, il y a à peine seize ans, c’est édifiant. Et toute la gravité du diabète tient surtout des complications cardiovasculaires pouvant survenir si cette hyperglycémie n’est pas corrigée. C’est-à-dire que si on est en face d’un diabétique avec des taux de sucre qui sont normaux, ce dernier peut vivre normalement avec son diabète sans aucune complication. Et on en voit. Ce qui est rassurant, c’est que les complications ne sont pas inéluctables.

• Question : Comment faire alors pour équilibrer l’hyperglycémie?

- Fatéma Marouan: Justement c’est à ce niveau-là que réside toute la problématique. Le diabète est une maldie chronique et le diabétique doit apprendre à vivre avec ce diabète. C’est-à-dire le connaître, savoir ce qu’est le dibète, quel type de diabète il a et savoir ce qu’il faut faire pour normaliser le taux de sucre. Donc il y a une connaissance théorique de la maladie qu’il faut et certains gestes à connaître, tels contrôler ses urines, son sang. Savoir aussi ce qu’il faut faire comme ajustement thérapeutique quand on est sous insuline ou quand on prend des comprimés. Le traitement du diabète n’est pas uniquement prendre des comprimés ou de l’insuline mais est essentiellement basé sur la diététique, la nutrition, l’équilibre alimentaire. Il doit apprendre à manger pour ne pas déséquilibrer son diadète et à bouger, en pratiquant le sport. En somme c’est un changement de comportement que le médecin demande au patient. Là réside toute la difficulté du traitement du diabète.

• Question: Est-ce pour ça que diabétologues et endocrinologues mettent plutôt l’accent sur la prévention?

- Fatéma Marouan: Je dirais plus. Le but même du traitement du diabète, c’est d’éviter toutes complications, en mettant l’accent sur la prévention qui est en soi un mot essentiel quand on parle de diabète. Tous nos efforts visent donc à prévenir les complications surtout les complications à long terme que l’on appelle dégénératives dont certaines sont appelées spécifiques parce que en rapport direct avec l’augmentation du taux de sucre dans le sang. Il faut dire que les complications dégénératives peuvent engager le pronostic fonctionnel chez le patient (yeux, nerfs) et vital (rein, cœur, cerveau), mais aussi les complications à court terme tels les comas diabétiques. Et quand le patient est sous traitement et qu’il ne mange pas suffisamment, il y a risque de coma hypoglycémique.

C’est pour cela que le patient doit être informé au cours des séances d’éducation pour savoir les effets des médicaments qu’on lui administre qui sont des médicaments hypoglycémiens, c’est-à-dire qui baissent le taux de sucre dans le sang. Mais il faut également prévenir ces hypoglycémies, en ayant une alimentation réglière, à heure fixe et en prenant éventuellement des collations entre les principaux repas.

• Question: Est-ce à dire en termes clairs que la personne atteinte de diabète doit s’abtenir de jeûner?

- Fatéma Marouan: Pourquoi j’ai fait tout ce préambule! C’est pour tout simplement expliquer qu’il est quasiment impossible à un diabétique -en tout à la majorité des diabétiques- de jeûner.

Un traitement bien conduit repose sur une alimentation régulière, un exercice physique et une prise de médication comme l’insuline qui doit être faite plusieurs fois par jour, pas à jeun, sinon le patient s’expose à l’hypoglycémie.

Sourate 2 verset 183:

« Le jeûne du Ramadan est un des 5 piliers de l’Islam, cependant, quand le jeûne peut altérer de manière signifi cative la santé du jeûneur ou quand la personne est malade, l’Islam l’exempte du jeûne »

Sourate 2 verset 185:

 « Allah cherche à vous faciliter l’accomplissement de la règle, il ne cherche pas à vous la rendre difficile » 

Risques du jeûne chez les patients  diabétiques (Pr. Harry Dorchy)

  • Hypoglycémie et coma
  • Hyperglycémie
  • Acido-cétose et coma
  • Coma hyperosmolaire (par déshydratation)
  • Déshydratation et thrombose
  • Majoration de la glycémie un mois par an et augmentation de l’hémoglobine glyquée qui doit rester inférieure à 7% pour échapper aux complications à moyen et long termes

Contre-indications absolues au jeûne

  • Diabète de type 1 avec injections indispensables entre le lever et le coucher du soleil
  • Diabète de type 1 traité par 2 injections quotidiennes d’un mélange d’insulines, exigeant 6 repas par jour dont 3 collations, ce qui est un schéma thérapeutique souvent recommandé chez les enfants diabétiques
  • Diabète de type 2 insulino-requérant avec injections indispensables entre le lever et le coucher du soleil
  •  Diabète instable avec hypoglycémies fréquentes (a fortiori si non reconnues) et/ou acido-cétose récente et/ou coma hyperosmolaire récent
  • Diabète mal contrôlé avec une hémoglobine glyquée trop élevée
  • Diabète et grossesse
  • Diabète gestationnel
  •  Diabète et allaitement
  • Diabète de type 1 ou 2 avec complications cardio-vasculaires, oculaires, rénales, neurologiques, etc
  • Diabète du 4ème  âge
  • Patient diabétique vivant seul
  • Affection intercurrente
  • Patients diabétiques ayant un  travail physique lourd

Chez les sujets diabétiques, le jeûne prolongé peut provoquer  de graves complications. Le choix  du jeûne doit être discuté en profondeur avec le diabétologue et le médecin de famille. Les modifications thérapeutiques sont strictement individuelles. La glycémie doit être mesurée plus fréquemment, et le jeûne interrompu au moindre risque.


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